Pour un accompagnement réflexif en contexte de supervision pédagogique
Ce chapitre de livre aborde la pratique de la supervision pédagogique ainsi que la formation de personnes superviseures de stage dans des programmes de formation initiale à l’enseignement. La recherche doctorale de Dufresne (2014) a permis d’étudier plus attentivement la pratique de neuf superviseurs sous l’angle de leur capacité réflexive. Dans cette étude, les neuf superviseurs étaient appelés à commenter, en présence de la chercheuse, un enregistrement vidéo d’une rencontre de rétroaction faite avec un de leurs stagiaires. Par la suite, une analyse de contenu des propos tenus par les superviseurs a révélé qu’un seul des neuf participants témoigne d’une réflexion constante sur sa pratique et d’un niveau de réflexion critique qui le place en position de praticien réflexif. Or, même si les superviseurs aident les futurs enseignants à réfléchir à leur pratique enseignante et à réinvestir les résultats de leur réflexion dans l’action (Boutet et Rousseau, 2002), la condition sine qua non pour atteindre l’objectif de former des enseignants réflexifs et capables de se développer professionnellement de façon continue et autonome pour faire face aux exigences de l’enseignement en milieu scolaire, est que les superviseurs de stage soient eux-mêmes réflexifs. La remise en question par le superviseur de sa propre pratique est l’un des premiers enjeux pour en arriver à une telle approche de la supervision. Les auteurs du chapitre proposent donc une démarche en trois temps pour former les superviseurs à l’accompagnement réflexif. La première étape consiste à expliciter la théorie d’action (Argyris et Shön, 1974 ; 2002) de leur pratique d’accompagnement. Les superviseurs sont ainsi appelés à classer les propos tenus lors d’une rencontre de rétroaction avec un stagiaire selon quatre dimensions (relationnelle, pédagogique, professionnelle, personnelle), afin d’en dégager les composantes implicites et de cerner leur influence sur leur action de supervision. La deuxième étape consiste à développer leurs compétences pour l’accompagnement réflexif. Par exemple, les superviseurs doivent analyser une rencontre de rétroaction en observant la qualité du climat relationnel et la répartition de la prise de parole entre eux et le stagiaire. Finalement, la troisième étape consiste à travailler à réduire l’écart entre leur théorie professée (ce qu’ils disent vouloir faire) et leur théorie pratiquée (ce qu’ils font réellement) (Argyris et Shön, 2002). Pour ce faire, les superviseurs participent à un entretien d’autoconfrontation accompagnée, ce qui favorise une réflexion authentique sur leur pratique de supervision actuelle et future.
RÉFÉRENCE
Boutet, M. et Dufresne, M. (2019). Pour un accompagnement réflexif en contexte de supervision pédagogique. Dans K. Rondeau et F. Jutras (dir.), L’accompagnement du développement personnel et professionnel en éducation (p. 87-108). Presses de l’Université du Québec.
https://www.jstor.org/stable/j.ctvggx4d4.10
MOTS-CLÉS
personnes superviseures universitaires, pratiques d’accompagnement